Miss Mouse et le cow boy (66)
Jeanne rentra dans son appartement vide. Kathleen était sortie et les enfants rentreraient bientôt. Elle profita de ce calme précédant leur retour pour s'allonger sur son lit. Elle avait quitté New York la veille et elle se sentait déjà très seule. Elle fixait le plafond comme si elle pouvait lire dessus ce qu'elle devait faire. Elle rendrait les reportages qu'elle avait faits cette semaine et son agenda était plein. Elle ferait le tour des magazines pour déposer ses photos et profiterait de leurs bureaux pour écrire les textes. Elle allait travailler avec des personnes qu'elle connaissait bien et prendrait plaisir à collaborer avec eux. Elle allait retrouver Manon, Ludo et Paul et elle profiterait pleinement de leur présence stimulante et épuisante à la fois. Sa vie allait reprendre son cours avec tout ce qu'elle aimait dedans. Sauf que Tom ne serait pas là. Elle essaya d'évaluer ce que sa présence pouvait peser par rapport à tout le reste. Elle essaya d'être lucide et honnête avec elle et sans concession avec lui. Le résultat fut terrible. La seule chose qui arrivait vraiment à faire le poids contre lui était le besoin viscéral qu'elle avait d'être avec ses enfants. Si elle avait découvert que tout était mieux sans lui, les choses auraient été beaucoup plus simples.
Soudain le téléphone retentit sur la table de nuit à côté d'elle.
Elle entendit Tom laisser un message sur le répondeur. Elle se précipita pour décrocher.
- Allo, cria-t-elle.
- Doucement, tu vas me fêler un tympan !
Jeanne devina son sourire et elle le lui rendit.
- Comment s'est passé ton voyage ?
- Plutôt bien. J'ai dormi la plupart du temps.
- Mes petites leçons font leur effet à ce que je vois.
- C'est plutôt que je n'ai pas beaucoup dormi ces dernières nuits.
- Oh vraiment ?
- Oui. Il y avait un type qui voulait absolument rentrer par la fenêtre de ma chambre.
- Il y a vraiment de drôles de gars qui traînent dans New York !
- Tu n'imagines pas !
Ils plaisantèrent sur un ton léger pendant quelques minutes puis elle s'allongea sur le dos et contempla le plafond.
- Tu me manques… soupira-t-elle.
- Tu me manques aussi.
- J'étais en train de penser à ce qui ne me manquait pas de toi.
- Oh et qu'est ce que c'est ?
- Je n'ai pas encore trouvé…
Tom ne répondit pas. Il ne savait pas quoi lui dire. Même les petits gestes irritants qu'elle avait parfois comme quand elle mordillait nerveusement le col de sa chemise, lui manquaient.
- Nous allons devoir être patients. Il va se passer quelque temps avant de nous revoir, reprit-il.
Il aurait voulu garder le ton gai qu'il avait eu un peu plus tôt, mais sa voix était triste en disant ces mots.
- Il ne faut pas que nous nous laissions décourager n'est-ce pas ? reprit Jeanne.
- Non, il ne le faut pas. Nous ferons en sorte que le temps passe vite et nous serons de nouveau dans les bras l'un de l'autre, épuisés et étourdis de bonheur, comme deux gamins amoureux !
- Tu n'as plus tellement l'air d'un gamin, tu sais !
- Je te remercie de me le rappeler !
Ils se sourirent à nouveau à travers l'espace.
- Ne t'inquiète pas lui, dit-il en retrouvant une tonalité plus légère. Tout va bien se passer.
Il ne savait pas de quel tout il voulait parler, mais c'étaient les seules paroles qui lui venaient à l'esprit et qui lui semblaient les plus appropriées. Il avait surtout envie de lui dire qu'il en avait déjà marre, mais cela n'aurait pas servi à grand-chose.
- J'entends les autres qui arrivent. Je vais devoir te laisser.
- Le retour des Daltons, je suppose !
- En effet, on va partir quelques jours.
-Oh, une petite virée en célibataire ! Je crains le pire.
- On ne va pas s'amuser. Qu'est-ce que tu t'imagines ! Nous allons rassembler les troupeaux. C'est un vrai boulot !
- Tu parles ! Tu adores ça, Cowboy ! Tu vas faire du cheval toute la journée, dormir enroulé dans ta couverture sur le sol, écouter les blagues débiles de Joss et chanter avec Marion des airs vieillots.
- Le programme a l'air sympa ! Mais je dois vieillir, je commence à apprécier le confort d'un lit.
- Tu vas t'éclater Cowboy. Fais attention de ne pas te frotter à un ours moins aimable que celui de Central Park.
- Promis m'dame. Ne voudrais-tu pas découvrir une nouvelle cicatrice pour notre prochaine nuit ?
-Non, Cowboy, J'aimerai trouver autre chose que des marques sur ta poitrine lorsque j'enlèverai ta chemise.
-Ne me dis pas des choses pareilles, miss Mouse, sinon je vais te dire des mots qui vont te faire rougir.
Tom soupira doucement et Jeanne était déjà écarlate.
Elle entendit derrière lui les cris et les rires de ses amis. Ils étaient en train de chanter la chanson de mr Frog et de miss Mouse, histoire de se moquer de Tom, alors que Jeff ouvrait la porte.
- Je vais devoir te laisser. Je ne vais pas pouvoir t'appeler pendant plusieurs jours et je sens que je ne vais pas aimer ça…
Joss l'appelait en hurlant comme un fou.
- Jeanne, reprit Tom, je…
- Je sais. Tu n'as pas besoin de me le dire. Je t'aime aussi Tom.
- Bye miss Mouse.
- Bye Cowboy, amuse-toi bien
Alors qu'il sortait de chez lui, ces trois amis mimaient des baisers et des embrassades ridicules ou faisaient semblant de jouer du violon. Tom ignora crânement chacune de leurs remarques, mais plaisanta avec eux plus tard dans la journée.
Jeanne s'occupa en rangeant ses affaires, en organisant et en sélectionnant les photos qu'elle présenterait le lendemain en attendant le retour des enfants. En se levant le matin suivant, elle trouva plusieurs textos avec le même message « je t'm ».
(À suivre)
DL







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