Recette du bonheur pour 2012

En ce début d’année de crise qui n’en finit pas – mais le 21e siècle n’est pas encore entré en adolescence cela nous laisse de l’espoir — j’ai résolument décidé de ne plus avoir de bonnes résolutions que j’oublierai aussitôt quand je devrais y penser.

Je préfère adopter un nouveau régime qui devrait m’aider à garder une pêche d’enfer pour des semaines et des semaines.

Amen.

Il ne s’agit pas de suivre les miettes laissées par les conseils affameurs de quelques gourous du rester mince ou d’un docteur Dukan – qui commence bien l’année en proposant, certainement pour remonter le niveau de l’antiquité napoléonienne qu’est le baccalauréat et pas pour vendre ses livres, de complexer un peu plus nos chers adolescents –

Non

Point de regard angoissé sur l’aiguille de mon pèse-personne qui ne pèse personne depuis bien longtemps.

J’ai découvert la recette miracle qui va vous transporter dans un univers complètement inconnu, mais sans petits hommes verts et grandes femmes bleues. À consommer sans modération et sans rire, car cela pourrait rallonger un peu plus votre vie tout en la rendant plus agréable parce qu’il faut être réaliste une vie de misère plus longue, ça ne fait pas envie.

Ainsi

Cette recette simple et généreuse ravira petits et grands et franchira allègrement et sans se mouiller les pieds le fossé générationnel.

La voici

Soyez généreux !

Pof, dit comme ça, ça casse l’ambiance !

Je vous vois déjà prêts à bondir sur votre souris pour fermer cette page, une main crispée sur votre porte-feuille et l’autre sur le panier de la ménagère et cliquer avec le nez parce que sans les mains ce n’est pas facile.

Pas de panique ! Il ne s’agit pas d’argent !

Je ne vais pas vous solliciter pour contribuer à l’épanouissement d’un écrivain fantôme itinérant. Enfin si vous y tenez on peut toujours s’arranger.

Je vous parle juste de lever les yeux de vos smartphones et autres absorbeurs de réalité et de vous intéresser a ceux qui vous entourent. Une fois, bien sur, que vous aurez fini de lire cet article.

1— Souriez à tout, tout le monde et tout le temps.

Gratuit et pas cher, c’est un don facile à faire qui a l’avantage de muscler les bajoues. Un bon sourire peut en faire sourire plusieurs. C’est un excellent stimulant pour se lancer des défis et donner un peu d’émail diamant à ses journées. Combien puis-je en faire sourire dans une journée ?Dans un pays où le cynisme est roi, le doux rêveur fait toujours sourire et c’est déjà un de gagner.

Et si être payé d’un sourire ne remplit pas le caddie, on se sent quand même un peu plus riche après.

2- Faites quelque chose sans rien attendre en retour.

Au moins, vous ne serez pas déçu de ne rien gagner au change. Dans une période de bourse en crise, c’est toujours ça de prit. Un petit service gratuit rapporte beaucoup sans un gros investissement. Je ne connais pas un placement aussi sûr que celui-là.

3-Soyez aimable avec tout le monde sans sélection naturelle

Oui même avec le Dr Dukan, les fatigants et les irritants, à la Poste ou dans votre voiture. C’est une  façon d’ignorer les pénibles et de pouvoir les contourner sans leur adresser la parole. Cela vous permet aussi de vous entrainer pour le concours de sourire cité plus haut.

 Tout cela vous rendra heureux sans vous apercevoir et fera passer 2012 en douceur.

Petit avantage supplémentaire :

Le jour où vous pousserez un coup de gueule, il vous ferra autant de bien qu’un coulis de chocolat chaud sur une glace à la vanille.

 Alors cette année : souriez !

Daisy Lewis

 

 

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Le mal du pays

Lorsque je reviens passer des vacances dans le cher pays de mon enfance, il y a toujours un événement qui me donne une nostalgie à  tout casser.

Pendant mon séjour estival, j’ai dû, pour des raisons administratives indépendantes de ma volonté, me rendre dans un bureau de poste. Il s’agissait d’une formalité assez simple mais qui pouvait paraitre complexe selon de quel côté du guichet l’on se trouve. Par souci de préserver mon enthousiasme nostalgique, on me conseilla de me rendre dans le petit bureau d’un petit village sous le prétexte qu’il devait être moins fréquenté que celui de la ville plus proche, où d’ailleurs j’appris le matin du même jour qu’il n’y avait pas d’accès Internet.

J’allais donc le cœur léger et mon dossier sous le bras à travers les rues charmantes écrasées de soleil où paressaient des chats maigres étirés de tout leur long aux pieds des murs craquelés. Quelle joie de profiter ainsi d’une promenade estivale dans une rue d’un de nos villages fleuris du pays roussillonnais -- dans le vrai sud. Exactement le genre de balade qui me manque le plus dans ma vie quotidienne loin de la douce France.

J’arrive ainsi enchantée de mon escapade devant le bureau de poste. Il n’est pas très avenant et le premier contact est un peu froid, mais je me lance confiante dans la petite salle. Quelques chaises vides sont alignées contre un mur, des affiches publicitaires décorent un bureau tristounet. Évidemment, cela tranche avec la gaîté des lumières du ciel catalan et de la chaleur estivale du dehors, mais c’est un service publique pas une terrasse de café. J’ai un moral au beau fixe et je me prépare à affronter la rigueur administrative.

Plusieurs personnes attendent sans impatience devant les deux guichets ouverts où s’affèrent des agents de la poste. Un des guichets est fermé. Le chef de l’agence est avec une des guichetière très mobilisé sur une question bancaire qui doit sortir de l’ordinaire vu les traits tirés de sa collègue et le visage crispé de la cliente. Parfois, une personne  sort de l’arrière poste pour constater la difficulté de la situation et repart en hochant la tête d’un air de la personne qui comprend que ce problème est épineux. Les clients hésitent : devons-nous en inquiéter ? Est-ce que ce problème risque de peser sur notre temps d’attente ? L’angoisse commence à s’installer dans la file d’attente. Le temps doucement s’égraine. Chaque geste est mesuré. Mais, l’employé qui travaille au  deuxième guichet semble alerte et vive. Elle parle avec animation à deux jeunes femmes assises à son bureau. L’espoir règne parmi les clients : cette jeune femme à l’air dynamique même si la situation empire du côté de l’autre guichet, elle semble prête à s’occuper de nous.

Soudain, les deux clientes se lèvent et le guichet se libère. Un murmure de soulagement parcourt les personnes qui se sont ajoutés à la file d’attente. Cela fait bientôt vingt minutes que j’attends. Je ne m’impatiente pas, d’après la discrète impatience des personnes derrière moi, cela doit être la norme.  L’homme en tête du groupe amorce un pas vers la guichetière. Il est brutalement arrêter par un panneau qui tombe comme un couperet sur la table de la postière : guichet fermé. L’homme reste éberlué comme suspendu aux lettres qui s’affichent orgueilleusement devant lui. Hébété, il a un grognement de dépit. La foule qui enfle régulièrement derrière moi, commence à exprimer son  exaspération en terme fleuris. L’opulente préposée n’est plus une accorte personne, mais une horrible mégère. Elle, elle nous affronte sans baisser les yeux. Elle nous toise sans faiblir. Le pouvoir du panneau la protège des insultes qui perlent doucement dans la moiteur de l’après-midi. Elle se sent investi du même pouvoir qu’un haut gradé dans une république bananière. Elle peut de part sa volonté faire de notre passage dans sa poste un cauchemar et elle nous montre clairement que c’est son intention. Sans nous quitter des yeux, sans sourire elle prend une enveloppe d’une caisse qu’une  collègue a dépossé à côté d’elle quelques instants plus tôt. Elle la tient délicatement entre ses doigts boudinés comme si il s’agissait d’un objet d’une extrême fragilité. Elle pose l’enveloppe devant elle et prend soin de bien tirer chacun des angles pour que l’enveloppe retrouve sa forme parfaite. Puis, elle la soupèse doucement dans ses mains et la repose sur la table devant elle. Avant d’en prendre une seconde, elle caresse l’enveloppe du bout des doigts avec la tendresse d’une mère. Je suis presque certaine d’avoir entendu son soupir de contentement.

La foule de clients derrière moi, insensible à autant de délicatesse, hausse la voix et les insultes sont de plus en plus crues. La postière nous lance un regard de mépris outré par notre manque de poésie. Elle prend le temps de nous fusiller du regard avant de se saisir à nouveau de la première enveloppe qu’elle pose cette fois sur la balance à côté d’elle. Ses gestes sont lents, irréels. Le temps s’étire et les minutes paraissent des heures. L’air est maintenant électrique autour de moi. Des personnes ironisent sur les fonctionnaires et la force d’inertie de la postière, son physique peu agréable et son intelligence qu’ils soupçonnent d’être limitée. Des personnes âgées s’effondrent sur des chaises. Elles sont au bord du désespoir. L’une d’entre  elles est à bout de nerfs. Elle lance d’une petite voix ébréchée par l’attente :

  • - Arrêtez! Arrêtez! Plus vous l’insultez et moins elle va vite!

La postière a un petit sourire jubilatoire qui glace le sang des clients même les plus impassibles. Elle en est à sa quatrième enveloppe et la caisse ne semble pas avoir de fond. Certains renoncent et battent en retraite sans combattre, la rage aux dents.

Cela fait maintenant une heure que je suis debout dans cette poste tranquille où couve maintenant un terrible volcan. Les mots volent bas, là où ils blessent. La sixième enveloppe a rejoint ses semblables à côté de la postière qui semble ne rien entendre. À cet instant, elle pense sûrement qu’elle fait son travail avec le plus de professionnalisme du monde et la septième enveloppe reçoit encore plus d’attention que les autres.

Après une heure quinze d’attente, la collègue de notre tortionnaire a enfin laissé le dossier si compliqué à son chef qui va prendre le problème en main. La cliente pense avoir franchir les portes de l’enfer et son désespoir panique quelques personnes. L’homme qui est devant moi est enfin pris en considération. Ensuite, c’est le tour d’une femme si excédée par cette situation qu’elle en profite pour me passer devant. Je suis trop nerveuse de savoir que cela va enfin être mon tour que n’y prête pas attention. J’ai l’impression d’attendre pour l’oral d’un examen. Je suis soulagée que mon tour arrive, mais j’ai peur de ne plus rien savoir de la raison de ma présence ici. Vais-je passer avec succès au guichet et avoir les formulaires dont j’ai besoin ? C’est une demande un peu particulière et j’ai peur d’échouer. Mes mains sont moites et j’ai une boule au creux de l’estomac.

Enfin, c’est mon tour. Heureusement, j’avais bien révisé mon dossier avant de venir et je passe avec succès. Cette postière-là est l’exacte opposée de sa collègue. Autant l’une est ronde et pleine d’elle-même, autant celle-ci est toute maigre et recroquevillée sur sa chaise cherchant à se cacher derrière l’écran de son ordinateur. Elle évite de croiser mon regard et sa voix peine à se faire entendre. Je tends l’oreille et me penche un peu vers elle pour mieux entendre ce qu’elle me dit. Elle prend mon geste pour une agression et recule instinctivement. Je découvre alors son air apeuré et triste. Je sens derrière moi les clients qui attendent encore et je peux sentir leur colère. Je suis bouleversée par cette femme si menue qui va doit faire face à cette foule intimidante. Je lui adresse mon  sourire le plus rassurant et parle doucement comme pour ne pas l’effrayer. Elle baisse un peu sa garde et me rend mon sourire. Il y a tellement d’humanité dans sa solitude que j’aurais presque envie de la serrer dans mes bras. En partant je luis lance un « bon courage » qui la laisse un instant interdite, puis elle se tourne déjà  vers le client suivant qui me pousse presque pour arriver au guichet. L’autre postière a enfin enlevé son panneau. Elle attend la prochaine personne  avec la détermination et l’élégance d’une catcheuse professionnelle. Je suis soulagée d’avoir eu sa collègue. Cette part là d’humanité me séduit moins.

Une heure trente après mon entrée dans le bureau de poste, je suis à nouveau dehors. Le soleil est brûlant et je plisse les yeux sous la réverbération. Je mets mes lunettes de soleil. J’ai l’impression d’avoir été enfermée des journées entières et l’air du dehors entre violemment dans mes poumons. Je me sens groggy  et mes premiers pas me semblent au-dessus de mes forces. Je me demande ce qui m’arrive tout à coup. Je ne me sens pas très bien. Et puis, soudain je comprends. C’est certainement ce que l’on appelle avoir le mal du pays.

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