C’est quoi un amphigouri ?

 Je réponds enfin à une question qui taraude ceux qui ont la flemme d’ouvrir un dictionnaire : « C’est quoi un amphigouri ? » D’abord, c’est bien UN amphigouri. Ben oui ! Un amphigouri c’est masculin parce que l’on parle d’un écrit. Et pas n’importe quel écrit : un bien confus, complètement incompréhensible.

 Soyons savants fous :

La première idée qui nous saute dessus comme une tigresse, c’est l’amphigouri  volontaire. C’est, par exemple, une parodie d’un discours savant tourné en dérision en employant volontairement des mots ou des tournures de phrases inappropriés. Un truc qui a l’air loufoque, mais qui, au fond, est très réfléchi. Un texte drôlement malin sous des airs terriblement stupides. Un amphigouri bien fait vous donne l’air très intelligent alors que vous prenez un air ridicule. Pas facile à faire, même pour des gens érudits, car en général, personne ne veut passer pour un imbécile surtout si les autres pensent que Personne est quelqu’un d’intelligent sans aucune raison valable.
 « Un homme intelligent n’est rien d’autre qu’un con raté », disait Frédéric Dard. Une bonne citation, glissée finement dans un discours pour illustrer son propos sans qu’elle apporte quelque chose de pertinent, mais qui permet de se faire passer pour un individu cultivé alors que l’on est allé la copier sur un site quelconque, peut enrichir un bon amphigouri et semer le doute. Remarquez, au passage, que M. Dard, ne nous dit rien sur la femme intelligente. Il faut bien admettre que ce n’est pas le sujet qui nous occupe ici.

La deuxième idée qui récupère ce que la tigresse a laissé, c’est l’amphigouri involontaire. Celui-là, il est plus difficile à cerner. Dans les milieux bien informés, on insiste sur le fait que la lignée de  l’amphigouri  commencerait avec l’Onomatopée et aussi, n’hésitons pas à le dire, avec la Tautologie. Si l’on s’attarde un peu dans le quartier, on tombe naturellement sur la Logorrhée ou le Verbiage qui sont ses proches parents. Mais, il serait inconsidéré de ne pas prendre en compte un fait admis par tous les lettrés dignes de ce nom, que l’amphigouri est un cousin du Galimatias et du Phébus, lui-même meilleur ami de l’Emphase.

En résumé, on part de « Plouf » et on arrive a « Un ensemble de vibrations irrégulières ou de sons sans harmonie pouvant être une perturbation indésirable se superposant à un signal utile transportant une information compréhensible, qui est produit soit par un ensemble des parties matérielles constituant l’organisme, siège des fonctions physiologiques, soit par un objet matériel, entraîné par son propre poids dans un liquide transparent, incolore, insipide et inodore indispensable, malgré son indigence, aux êtres vivants et à notre planète qui en tire son appellation contrôlée et sa couleur quand on la regarde depuis la Lune. » Et comme disait Archimède, celui de Syracuse : « Manquerait plus qu’elle lui  applique ma poussée !»

Méfiez-vous des contrefacteurs qui n’apportent jamais le courrier. Quelqu’un peut chercher à vous faire croire qu’il a fait un amphigouri volontaire pour éviter de passer pour une andouille alors qu’en fait il vient de faire un amphigouri involontaire sur lequel pourtant, il avait travaillé très sérieusement. Attention également à certaines administrations ou certains corps de métiers indéfinis qui peuvent user et abuser des amphigouris pour vous perdre dans leurs propres méandres où ils errent comme des pauvres hères. L’amphigouri peut être poétique et ça fait chaud au cœur quand on y pense surtout lorsqu’il fait froid l’hiver.

Maintenant que vous connaissez tous les secrets de famille de l’amphigouri, n’hésitez pas, vous aussi chez vous, entre amis,  au bureau, en réunion, à faire des amphigouris pas la guerre. Deux outils sont indispensables pour réussir un bon amphigouri : un dictionnaire des synonymes et un tube de quelque chose d’effervescent.

Je sens que vous vous interrogez, le sourcil froncé et les lèvres serrées dans un étrange sourire qu’utilisent les gens qui ne savent pas de quoi l’on parle, mais qui font semblant d’avoir tout compris (c’est une pose que j’affecte parfois pour avoir l’air mystérieux) :
- « Et tes amphigouris, Daisy Lewis, ils sont comment ? Volontaires ou involontaires ? »

 À cet instant précis, ma réponse jaillit dans un bruissement d’ailes :
- «  Mes amphigouris à moi ? Quelle question ! Bien sûr qu’ils le sont ! »

 

Daisy Lewis

 

Réflexion, New York City,  2009, photo DL

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